












TSP ATACAMA - Entre enfer & paradis
Invités par New Balance, nous avons pris le départ du The Speed Project – Chili avec une mission simple sur le papier : traverser le désert d’Atacama.
En réalité, c’était une plongée de 480 km dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète.
De la beauté à l’état brut.
De la difficulté à l’état pur.
45 heures de course, en altitude, avec un manque d’oxygène qui brouille la lucidité autant que les jambes.
On terminera 2ᵉ. Mais surtout, transformés.
22h05 → 8h10
153 km — 4 000 m d’altitude
Nuit étoilée 💫
Départ à 22h.
Rien que ça, c’est déjà une anomalie.
Habituellement, on part au cœur de la nuit, après une sieste. On se dit que ça ne changera rien au plan.
Boulette.
Objectif clair : finir le premier leg en tête. Montrer que le RCC est prêt à se confronter aux équipes locales. Et au désert.
23 km et 1 500 m de D+ plus tard, on passe en tête.
Premier changement de pick-up.
Le ciel est recouvert d’étoiles. On nous dit que c’est la Voie lactée. C’est irréel.
Il fait -2°C. Les relais s’enchaînent tous les 500 m. On monte encore.
À 3 700 m, les jambes répondent, mais on avance au ralenti.
L’oxygène se fait rare. Trois équipes nous rattrapent.
On est concentrés, presque trop. Peu de photos, mais des images gravées à vie.
On tourne les équipes, on court avec tous les copains, on boit énormément.
5h40.
Dernier relais avant le checkpoint.
La team Templiers s’élance, ambiance obligatoire dans le 4x4.
Lord Zach rattrape une équipe. Les jambes vont bien. Le souffle, beaucoup moins.
Et on perd un soldat.
L’altitude a gagné. Cette fois.
8h10 — COYA POLICE STATION
La première nuit est derrière nous.
Des lignes droites à perte de vue.
Rien. Absolument rien.
Sauf, pour nous, San Pedro de Atacama.
Café collectif. On mange. On se réorganise.
C’est ici que la course commence vraiment.
8h10 → 7h10
365 km — 4 400 m d’altitude
24H DE DOUTES 🏴
Première nuit dehors.
Le genre de nuit où même les cailloux ont l’air fatigués.
Le corps râle.
L’esprit négocie.
Et nous, on découvre officiellement que dormir à 4 000 m n’est pas une option confort.
On fait un point d’équipe.
Les visages sont froissés. Les regards flous. Les sourires courageux.
Certains ne pourront pas repartir. Aucun ego. Juste de la survie collective.
On s’adapte.
On bricole de l’humain fatigué.
Ici, connaître ses copains est vital. La douleur se lit avant de s’entendre.
Cap sur YUMA — 4 400 m.
On court depuis la veille à plus de 3 700 m.
L’oxygène est un souvenir.
Le soleil cogne.
La route est sèche.
L’horizon est vide. Terriblement vide.
On avance au mental.
Et pourtant… on arrive à YUMA.
L’équipe est au complet. Miracle.
Vers 14h, une équipe part sans réseau.
On vit désormais sur la foi.
Et au milieu de 500 km de néant, une cuisine apparaît.
Deux grands-mères boliviennes.
Sandwichs aux œufs pour tout le monde.
À cet instant précis, c’est de la gastronomie étoilée.
Micro-sieste au sol : 30 minutes.
21h.
J’attends les coureurs.
Dans leurs yeux, il y a le vide. Le vrai.
Celui qui pose la mauvaise question :
Qu’est-ce qu’on fait là ?
L’abandon flotte.
Puis Nils lâche simplement :
« Keep going on. »
Traduction libre : personne ne rentre.
Lord Zach ajoute :
« On pose le cerveau. On sort. On court 500 m. Et on recommence. »
Pire idée de la journée.
Donc évidemment… on accepte.
Rafales à 90 km/h.
Sourires incompréhensibles.
On ne sait plus pourquoi on sourit, mais on sourit quand même.
On s’enlace.
Playlist dans le 4x4.
On s’en remet aux copains.
La Voie lactée nous accompagne.
Un orage éclate au loin.
La beauté est indécente face à notre état.
Fatigués.
Paumés.
Ensemble.
Jusqu’au bout de la nuit.
7h10 → 18h36
480 km — FINISH
10 heures de kiff
7h00.
Deux heures de sommeil.
Le soleil est déjà là.
Et contre toute attente… on va bien.
À l’horizon, trois silhouettes.
Les filles ont décidé de courir le dernier relais à trois.
On est redescendus à 2 500 m. Les corps revivent.
Grande ligne droite.
Soleil de face.
On se croirait sur l’A7.
Toujours 3ᵉ, 105 km à parcourir.
Aucune prétention. Juste une envie : prendre du plaisir.
On célèbre l’arrivée d’Inès.
Robe traditionnelle.
Danse. Musique. Café.
Un moment suspendu. Drôle. Humain. Parfait.
13h43 — km 409
Big Max repère un shortcut.
Petit détail : il n’y a pas de route.
Juste du sable.
Boussole obligatoire.
On scrute l’horizon.
Rien.
Puis une silhouette.
C’est lui.
Résultat ?
On double une équipe.
On passe 2ᵉ.
Explosion de joie.
Pure. Brute.
Trop fort, Max.
60 km to go.
On accélère. Sans se retourner.
Épuisés. Mais plus motivés que jamais.
Quelques mots soufflés aux coureurs du dernier relais :
« Cette course est la vôtre.
Personne ne vous l’enlèvera.
Cette expérience restera gravée à vie.
Alors profitez. Juste profitez. »
Dernier coup de boost.
Derniers kilomètres.
Dernières émotions.
La Cruz Papal — San Pedro de Atacama
44h36 de course — 470 km plus tard
Putain… on l’a fait. On est deuxièmes.
On coupe le moteur. Plus de bruit. Du vent. Juste nous. Et quelques personnes qui nous son chers.
Les corps sont vidés, les visages marqués, les yeux brillent. On se regarde sans parler. On comprend tous la même chose : on est allés beaucoup plus loin que prévu.
Ce désert nous a usés, bousculés, parfois fait douter de tout.
Mais il nous a aussi soudés comme jamais.
On n’a pas gagné une course.
On a gagné une histoire.
Deuxièmes. Ensemble. Jusqu’au bout.
« On n’est pas venus chercher une place.On est venus vivre quelque chose qui restera. »